L’autodiagnostic en psychiatrie, le point de vue de David Masson

Photo de dylan noltesur Unsplash
La démarche d’autodiagnostic présente un certain nombre d’intérêts. Elle peut être un premier pas vers la compréhension de la souffrance ressentie, permettant ainsi de mettre des mots sur ses symptômes. Mais il est nécessaire aussi de poser ses limites.

L’explosion de la communication autour de la santé mentale ces dernières années a apporté également l’émergence d’un autre phénomène encore récent : l’autodiagnostic. Il désigne le fait pour une personne de s’attribuer elle-même un trouble psychiatrique à ses propres symptômes, auto-observés ou rapportés, sans évaluation et validation clinique par un professionnel de santé mentale. Cette tendance reflète un besoin de reconnaissance et de légitimité du vécu psychique souvent longtemps ignoré. Il serait injuste de réduire l’autodiagnostic à une erreur : il témoigne d’un effort sincère de compréhension de soi, dans un contexte où l’accès à un professionnel peut être particulièrement difficile.

Les intérêts de l’autodiagnostic

La démarche d’autodiagnostic présente un certain nombre d’intérêts. Elle peut être un premier pas vers la compréhension de la souffrance ressentie, permettant ainsi de mettre des mots sur ses symptômes. Elle peut également soutenir un sentiment de légitimité, aider à prendre conscience de ses difficultés et faciliter la décision d’aller consulter un professionnel.

L’autodiagnostic joue aussi un rôle dans l’ouverture sociale : il permet de rompre l’isolement, souvent associé à la souffrance psychique, et d’accéder à des espaces de partage et de soutien entre personnes traversant des expériences similaires. Ce faisant, il contribue parfois à construire un véritable sentiment d’appartenance à une communauté, ce qui peut avoir une valeur psychologique réelle.

Les limites de l’autodiagnostic

Mais il est nécessaire aussi de poser ses limites. La première est la construction même de la démarche autodiagnostique. Pour les non-initiés, faire un diagnostic psychiatrique ressemble à un bingo où il suffirait finalement d’identifier suffisamment de critères pour pouvoir le poser. On a pu par exemple voir le « bingo du TDAH » sur les réseaux sociaux composé de 25 cases.

Si ce type d’initiatives permet de sensibiliser à ce trouble et facilite éventuellement le dialogue sur la base des expériences vécues autour des symptômes, le risque est de se limiter à cette liste bien insuffisante pour se forger une certitude auto-diagnostique. Les risques de biais de confirmation et d’erreurs en conséquence sont également majeurs par rapport à un diagnostic précis, avec une tendance ordinaire à repérer uniquement les indices confirmant l’intuition, en mettant de côté les éléments en défaveur de celle-ci.

L’auto-étiquetage peut paradoxalement enfermer la personne dans une certitude et une identité autour du « trouble », amenant à une dissuasion de consulter. Les dangers pour la santé sont aussi réels avec la tendance à l’automédication en conséquence et une utilisation non contrôlée des médicaments.

L’expertise clinique est nécessaire

Au-delà, l’autodiagnostic ne permet pas de bénéficier de la perspective globale du professionnel de santé, dont la mission est précisément de mettre en perspective les symptômes rapportés par la personne concernée avec l’histoire de vie, le contexte et d’éventuelles comorbidités. Cette observation externe experte, parfois indispensable, permet d’éviter les confusions diagnostiques : par exemple, un TDAH peut être confondu relativement facilement avec un trouble bipolaire sans cette expertise clinique.

Enfin, l’autodiagnostic rejoint la question de la fiabilité de l’évaluation de la prévalence de la souffrance psychique en population générale. Les faiblesses méthodologiques et psychométriques des outils de recueil exposent à des interprétations hasardeuses. Ainsi, constater que 25% de personnes interviewées déclarent avoir présenté des « symptômes dépressifs » (tristesse, anxiété) dans les 30 derniers jours ne veut pas dire que 25% souffrent d’un état dépressif caractérisé. Un point important à rappeler : aucune échelle, à elle seule, ne permet de poser de diagnostic.

De l’usage de l’autodiagnostic

Comme souvent en santé mentale, tout dépend de l’usage qu’on en fait. L’autodiagnostic peut être un outil ou un piège, selon qu’il ouvre ou ferme le dialogue. Il peut clairement être une porte d’entrée : une manière pour la personne concernée de contribuer activement à la démarche diagnostique. Éclairer le clinicien, nourrir l’alliance thérapeutique, permettre d’adapter le traitement (médicamenteux et psychothérapeutique) et renforcer le pouvoir d’agir du patient.

Mais il ne peut en aucun cas remplacer l’évaluation clinique, seule capable d’apporter une compréhension globale et nuancée de la situation psychique.