Changer ? Facile, un peu de volonté et c’est bon !

Changer est difficile et implique de multiples étapes. La première me semble être d’être en capacité d’identifier chez soi un problème. Ceci implique d’avoir conscience de soi de ses sensations physiques et émotionnelles, de ses besoins, envie et valeurs, mais aussi d’avoir accès à des sources d’informations permettant sans culpabilisation d’identifier qu’un changement doit être effectué.
Texte par Émeline Chauchard

À première vue le changement ne semble pas si difficile, mais si on s’intéresse aux processus cognitifs, comportementaux, émotionnels, au contexte environnemental nécessaires, le terme changement s’apparente à un mot regroupement de nombreux concepts et processus.

Je vous propose une petite expérience de changement de comportement. Demain quand vous vous lèverez, essayez de ne pas toucher à votre téléphone portable, tablette, ordinateur pendant 10 min ou jusqu’au moment de quitter votre domicile. Observez vos comportements, pensées, émotions, sont-ils contrôlés ? Contrôlables ?  Automatiques ? Avez-vous réussi à ne pas allumer votre téléphone de façon automatique ? Vous êtes-vous rendu compte une fois le téléphone allumé dans la main que vous aviez prévu de ne pas le faire la veille au soir ? Personnellement, j’essaie tous les soirs, avant de dormir, de prendre un livre au lieu de mon téléphone au moment de me coucher avec plus ou moins de succès.

Alors si modifier des comportements typiques, non pathologiques, non gênant est si difficile, qu’en est-il de comportements ayant pour fonction de soulager des états émotionnels, des douleurs physique ou psychiques, de comportements impliquant une substance qui modifie le comportement de notre cerveau ? Le seul fait de savoir qu’on ne va pas bien ou que nos comportements ne sont pas adaptés ne mène pas à un changement de comportement. Le fumeur sait que le tabac est mauvais pour sa santé mais il n’arrêtera pas pour autant.

Changer est difficile et implique de multiples étapes. La première me semble être d’être en capacité d’identifier chez soi un problème. Ceci implique d’avoir conscience de soi de ses sensations physiques et émotionnelles, de ses besoins, envie et valeurs, mais aussi d’avoir accès à des sources d’informations permettant sans culpabilisation d’identifier qu’un changement doit être effectué. Ainsi, la motivation au changement implique d’identifier le comportement problème, de faire le lien avec ses conséquences et ses implications à court moyen et long terme et finalement de choisir qu’elles ne sont pas acceptables pour soi. C’est déjà un cheminement complexe impliquant de l’inconstance et de l’instabilité dans ses propres points de vue.

Une fois la motivation, le sens identifié les personnes vont prendre la décision d’appliquer ce changement et de mettre en place les actions nécessaires. Ici l’accompagnement peut se révéler nécessaire. Il peut s’agir de prendre contact avec son médecin traitant ou spécialiste, avec une structure de soin adapté ou un autre professionnel agissant dans le champ de la santé (psychologue, infirmier, pair aidant…), il peut aussi s’agir d’intégrer un groupe de soutien (alcoolique anonymes…). L’important ici est que les personnes puissent avoir facilement accès aux informations relatives, aux professionnels et aux structures pouvant les accueillir et les accompagner. Mais aussi que ces professionnels et structures de soins soient disponibles et accessibles dans un délai de temps raisonnables et correspondant au besoin de changement ou d’adaptation des personnes en souffrance mentale. A l’heure actuelle, il semble que nous ne soyons pas en mesure de faire face aux demandes. Une réflexion collective impliquant tous les acteurs en santé mentale devrait être menée afin de permettre une réponse adaptée aux besoins en santé mentale. L’accompagnement est essentiel pour les personnes qui en ont besoin et permet de diminuer les conséquences néfastes (pour le patient, son entourage et la société) d’un trouble mental non ou mal accompagné.

D’autres personnes vont trouver leurs propres ressources pour changer, et ne pas s’appuyer sur les acteurs en santé mentale. Cependant, les livres et brochures d’auto-aide (self-help) peuvent être des vecteurs et des moyens efficaces de les soutenir dans leur choix et d’étayer leur besoin de changement. Les difficultés de ce public sont souvent moins sévères et ces caractéristiques notamment en termes de ressources individuelles et sociales.

Le changement en santé mentale prend diverses formes, il est énergivore et demande souvent un temps certain. Chercheurs et acteurs du champ de la santé mentale en psychiatrie, psychologie et santé publique développent les connaissances théoriques et scientifiques, et rusent d’ingéniosité pour accompagner le changement en santé mentale et s’adapter aux publics. Nous avons besoin de moyen pour continuer le travail de recherche et de développements de programmes favorisant le bien-être en santé mentale, l’efficacité à long terme doit pouvoir être évalué par des études longitudinales. Quand ce n’est plus possible la prise en charge des personnes concernées doit être facilité.  

Changer est compliqué, énergivore, nécessite des rechutes ou des faux pas, mais le changement et l’adaptation sont possibles. Je suis sûre que ce chapitre vous apportera les clefs nécessaires pour penser le changement non pas comme une fin en soi mais comme un cheminement au long cours.