Recueillir et diffuser l’expérience vécue : comment ?

Pour certains médias, notamment ceux qui produisent du contenu court, les témoignages doivent être marquants immédiatement. Or, présenter un témoignage d’une personne vivant avec une schizophrénie en 2 minutes ne permet pas d’entrer dans la complexité du vécu et se limitera souvent à des événements et éléments très graves et exceptionnels afin d’attirer l’attention — et donc engendrer des recettes publicitaires.
Témoignages de rétablissement en santé mentale : pourquoi la success-story peut trahir ceux qu’elle prétend aider

La grande majorité des témoignages diffusés obéissent à une même structure narrative : rupture (le trouble survient), épreuve (la traversée de la difficulté), dépassement (la demande d’aide, le traitement, le travail sur soi), et résolution (le mieux-être retrouvé). Ce schéma en arc de cercle, qui ressemble beaucoup à celui des pièces dramatiques, est devenu un quasi-standard du genre : le fameux « ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».
Entre spleen et idéal : quid de la pair-aidance à l’hôpital ?

Quand un pair aidant est visible dans une équipe, il envoie un message implicite mais fort : lé rétablissement des troubles psychiques est possible. Le pair aidant en est une incarnation. En communication en santé mentale, on sait que les « modèles qui nous ressemblent » sont parmi les vecteurs les plus efficaces pour modifier les croyances et les comportements.
Parler au nom des faits ? Une illusoire neutralité

Parler de santé mentale suppose toujours des choix : quels indicateurs mobiliser, quelles définitions retenir, quels objectifs poursuivre. Un rapport de santé publique, un discours de professionnel de santé, un témoignage, une prise de parole médiatique, ou encore le choix de la titraille de presse ne relèvent pas des mêmes logiques, même lorsqu’ils utilisent un vocabulaire similaire.
Quand les symptômes circulent : communication et contagion sociale en santé mentale

Le terme peut surprendre, mais il est central : il existe une contagion sociale des symptômes. Cela signifie que : des manifestations corporelles sont observées, elles sont interprétées comme significatives, puis elles peuvent être reproduites ou amplifiées dans un groupe.
Le paradoxe de la mesure de la santé mentale : quand mesurer transforme

En sciences humaines, mesurer n’est jamais un geste neutre. Les outils mobilisés (questionnaires, échelles, seuils) ne se contentent pas d’enregistrer des états psychiques préexistants. Ils orientent l’attention, structurent l’expérience, proposent des catégories à partir desquelles les individus apprennent à se décrire. Autrement dit, la mesure n’observe pas seulement la réalité : elle contribue à la façonner.
Bombe sanitaire, empoisonnement : comprendre ce que disent vraiment ces mots dans la presse

Depuis quelques semaines, le cadmium fait régulièrement la une des médias. On parle de « contamination massive », parfois même « d’empoisonnement ». Ces termes frappent, inquiètent, marquent les esprits. Mais que décrivent-ils réellement ? Et surtout, correspondent-ils à la réalité des risques sanitaires ?
Ça marche, c’est prouvé !

Dans les médias comme dans certains communiqués, une phrase revient souvent : l’intervention est efficace, car le résultat est statistiquement significatif (par exemple p < 0,05). Or, statistiquement significatif ne signifie pas utile, ni même visible dans la vie quotidienne. Ce glissement, très courant, ouvre la porte à des messages exagérés… parfois sans mensonge explicite.