Nouveau livre : Communiquer en santé mentale (Presses de l’EHESP)   Commander →

Parler de santé mentale, oui… mais pour quoi faire ?

Comment parler de santé mentale avec justesse, sans tomber dans les slogans, les raccourcis ou les promesses impossibles à tenir ? C’était le fil rouge de cet échange organisé par Nightline. Une invitation à interroger nos habitudes de communication et à revenir aux besoins des personnes. Pour celles et ceux qui n’ont pas pu être là, voici les principales idées à retenir.
Mickael Worms-Ehrminger
Mickael Worms-EhrmingerPublié le 23 octobre 2026 · 7 min de lecture

ConférenceNightline · 22 octobre 2026

Nightline France est une association à but non lucratif engagée pour la santé mentale des jeunes et des étudiant·e·s, à travers des actions de soutien, d’orientation et de sensibilisation. Leur mission : offrir des ressources accessibles et adaptées aux jeunes, conçues par et pour elles·eux, avec l’appui de professionnel·le·s.

Idée 1 sur 10

Des mots précis pour mieux comprendre et mieux agir

La santé mentale est aujourd’hui omniprésente dans les médias, les entreprises, les politiques publiques et les réseaux sociaux. Cette visibilité permet d’aborder des sujets longtemps tus. Mais elle s’accompagne d’un flou : sous le même terme, on rassemble troubles psychiques, bien-être, stress, solitude, difficultés professionnelles ou inquiétudes face à l’avenir.

Ces réalités peuvent être liées, mais elles ne sont pas interchangeables et n’appellent pas les mêmes réponses. Préciser ce dont on parle aide à identifier ce qu’on peut faire. S’agit-il de réduire l’isolement, de faciliter l’accès aux soins, d’améliorer les conditions de travail ou d’aider à reconnaître une situation de détresse ?

Pour Nightline, cela invite à rendre visibles les fonctions concrètes de ses actions : offrir une écoute, créer du lien, orienter, aider à comprendre. Une personne ne formule pas forcément son besoin en disant « j’ai un problème de santé mentale ». Elle peut simplement se dire : « Je suis seul », « J’ai besoin de parler » ou « Je ne sais pas vers qui me tourner ».

Idée 2 sur 10

Une communication utile commence par un public et un objectif

L’une des idées fortes de l’échange : parler au « grand public » reste une intention trop vague pour construire une communication adaptée. Un étudiant isolé, un bénévole, un financeur et un décideur n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes possibilités d’action.

Une personne en difficulté peut chercher une réponse immédiatement utile : qui contacter, comment être écoutée, quelle première démarche entreprendre ? Un partenaire aura davantage besoin de comprendre le fonctionnement d’un dispositif, son utilité et les moyens nécessaires pour le soutenir.

Avant de communiquer, il faut donc préciser : à qui s’adresse-t-on, que veut-on lui apporter et quelle action souhaite-t-on rendre possible ? « Sensibiliser » constitue un point de départ, mais demande à être traduit : faire connaître un service, améliorer la compréhension d’un sujet, faciliter une demande d’aide, modifier une pratique… C’est aussi ce qui permettra d’évaluer les résultats au-delà du nombre de vues ou de réactions.

Idée 3 sur 10

Partir des besoins exprimés, y compris lorsqu’ils surprennent

Un exemple a particulièrement illustré cette idée : une organisation envisage un dispositif d’écoute pour ses salariés, alors que ceux-ci demandent d’abord de nouvelles chaises, parce que les leurs leur font mal au dos.

L’exemple rappelle une exigence simple : demander aux personnes ce qui leur serait utile avant de concevoir une réponse pour elles. Une action peut sembler pertinente sur le papier et manquer une difficulté très concrète du quotidien.

Cela suppose de regarder les conditions matérielles et sociales : horaires, charge de travail, sommeil, ressources financières, relations, accès aux services. Présenter ces difficultés uniquement sous l’angle psychologique peut conduire à faire peser sur les individus la responsabilité de s’adapter à des situations qu’il faudrait aussi transformer.

Idée 4 sur 10

Relier les discours aux actes pour éviter le « mental washing »

Une conférence, une formation ou une campagne peuvent avoir de l’intérêt. Leur existence ne suffit toutefois pas à démontrer qu’une organisation prend réellement soin des personnes.

L’échange a abordé le risque de mental washing : utiliser la santé mentale comme un signe d’engagement, tout en laissant inchangées les conditions qui contribuent aux difficultés. Promouvoir le bien-être tout en maintenant une charge de travail excessive ou des pratiques managériales problématiques en est une illustration.

La question à poser est donc celle de la cohérence : qu’est-ce qui change concrètement derrière le message ? Pour une association dont le soutien constitue la mission, l’enjeu est notamment de montrer ce qu’elle fait, les besoins auxquels elle répond et les limites de son intervention.

Idée 5 sur 10

Utiliser les chiffres pour éclairer, pas seulement pour impressionner

Les chiffres donnent du poids à un message, mais ils demandent à être expliqués. Que mesure-t-on exactement : un ressenti, des symptômes, un diagnostic, un recours aux soins ? Auprès de quelle population ? Sur quelle période ? Avec quel point de comparaison ?

Des indicateurs proches en apparence peuvent décrire des réalités différentes. De même, une évolution globale peut masquer des situations très contrastées selon les groupes. Un chiffre isolé risque alors d’alimenter une lecture plus alarmante, ou plus rassurante, que ce que les données permettent réellement de conclure.

L’idée défendue pendant l’échange : un chiffre doit aider à comprendre une situation et à orienter l’action. Accumuler des statistiques inquiétantes ne suffit pas à expliquer les besoins ni à montrer comment y répondre.

Idée 6 sur 10

Montrer les difficultés, mais aussi les possibilités d’action

Une communication centrée exclusivement sur la crise peut finir par donner l’impression que rien ne fonctionne et qu’aucune amélioration n’est possible. Elle peut aussi rendre invisibles les effets des actions déjà menées.

Faire une place aux ressources, aux initiatives utiles et aux parcours de rétablissement permet de rendre les perspectives plus concrètes. Cela vaut aussi pour le plaidoyer : documenter les problèmes gagne à s’accompagner de propositions, d’exemples de dispositifs et d’explications sur ce qui permettrait de les développer.

Donner de l’espoir demande de rester crédible. Il s’agit de montrer qu’un soutien est possible, avec ses conditions et ses limites, sans promettre une amélioration facile ou identique pour tout le monde.

Idée 7 sur 10

Donner une vraie place aux savoirs issus de l’expérience

Les personnes concernées connaissent des dimensions de leur quotidien que les données scientifiques ou l’expertise professionnelle ne suffisent pas toujours à saisir : les obstacles rencontrés, ce qui rend une aide acceptable, ce qui facilite une démarche ou, au contraire, la décourage.

Ces savoirs peuvent enrichir la conception des dispositifs, la recherche et la communication. Leur reconnaissance passe par une participation réelle : pouvoir exprimer un désaccord, influer sur les décisions et voir ses contributions prises en compte.

L’échange a également rappelé que les savoirs sont complémentaires sans être interchangeables. Une expérience individuelle apporte un éclairage précieux, mais ne représente pas toutes les expériences. Elle peut aussi évoluer avec le temps, le contexte et le sens que la personne lui donne.

Idée 8 sur 10

Soutenir les autres suppose aussi de protéger celles et ceux qui aident

Le soutien entre pairs peut faciliter la confiance et la compréhension mutuelle. Mais partager une expérience ne signifie pas être disponible à tout moment, pour tous les sujets, ni pouvoir répondre à toutes les situations.

Il est donc essentiel de définir les rôles, les limites et les relais : que peut-on proposer ? À quel moment passer la main ? À qui demander de l’aide ? Quelle place donner à la supervision et au débriefing ?

Cette vigilance concerne les bénévoles et les pairs-aidants, mais aussi les personnes qui recueillent, relisent ou montent des témoignages. Les récits difficiles peuvent faire écho à leur propre histoire. Pouvoir dire « aujourd’hui, je ne peux pas » doit faire partie du cadre, avec des possibilités de pause et de soutien.

Idée 9 sur 10

Un témoignage ouvre des possibles, sans devenir un modèle à suivre

Les témoignages peuvent permettre de se reconnaître, de mettre des mots sur une expérience et de se sentir moins seul. Ils peuvent aussi rendre une démarche d’aide plus envisageable.

Mais leur réception dépend de la situation de la personne qui les découvre. Un récit très centré sur la réussite peut susciter une comparaison douloureuse : « Pourquoi cette personne y arrive-t-elle et pas moi ? » Les ressources disponibles, l’entourage, les conditions de vie ou l’accès aux soins ne sont pas les mêmes pour tous.

D’où l’importance de contextualiser les parcours et de montrer leur diversité. Un témoignage raconte une possibilité, pas une recette ni une obligation de réussir. Sa présentation doit préserver cette singularité, tout en donnant accès à des ressources adaptées.

Idée 10 sur 10

Accueillir les questionnements sans transformer chaque difficulté en diagnostic

Les réseaux sociaux peuvent aider à découvrir des mots, à reconnaître certaines difficultés et à chercher du soutien. Ils peuvent également simplifier les troubles au point de les réduire à quelques comportements ordinaires.

Se reconnaître dans une vidéo ou une liste de signes peut susciter un questionnement, mais ne suffit pas à établir un diagnostic. L’échange a invité à prendre au sérieux les difficultés exprimées tout en évitant de considérer chaque oubli, chaque stress ou chaque émotion pénible comme le signe d’un trouble.

Cette réflexion rejoint celle de l’injonction au bien-être : aller bien en permanence ne peut pas devenir une norme à atteindre à tout prix. On doit pouvoir reconnaître une souffrance et proposer un soutien sans médicaliser systématiquement les aléas de l’existence.

À emporter

Sept questions pour vos prochaines actions

  • De quoi parle-t-on précisément, et à qui ?
  • A-t-on demandé aux personnes ce dont elles ont besoin ?
  • Qu’est-ce que notre message leur permet de comprendre ou de faire ?
  • Les chiffres et les témoignages sont-ils suffisamment contextualisés ?
  • Les ressources proposées sont-elles accessibles et adaptées ?
  • Les personnes qui participent, témoignent ou écoutent sont-elles protégées ?
  • Comment saurons-nous si notre action leur a été utile ?

Article en ligne : https://communication-santementale.fr/parler-de-sante-mentale-oui-mais-pour-quoi-faire/

© 2026 Mickael Worms-Ehrminger · Communiquer en santé mentale. Reproduction soumise à autorisation.

Partager sur
Facebook
X
LinkedIn
WhatsApp

Dans cet article