Produire des contenus sur Instagram et Tiktok

De notre point de vue de créateur.ice.s de contenu, les défis qui nous restent à accomplir sur la question de la communication en santé mentale sont multiples : au niveau structurel des réseaux sociaux, en termes de de contenus, et sur la question de l’incarnation. C’est cette multiplicité de facteurs qui rend la création de contenu un terrain de jeu infini, mais aussi un exercice terriblement complexe et parfois cruel.
Texte par Ael et Charly de Culture Psy

Nous avons lancé ce projet en 2021, avec l’envie d’utiliser des films, séries et personnages célèbres de la pop culture pour parler de psychologie. L’objectif était de rendre la discipline plus accessible et de déconstruire certains clichés autour des troubles psychiques. C’est ainsi qu’est né alors le pseudo « Culture Psy ».  Très vite, nous prenons conscience des limites de ce format, mais surtout d’un constat plus préoccupant : la désinformation autour de la santé mentale est omniprésente en ligne, et il est souvent difficile d’accéder à des sources fiables.

Face à la multiplication de contenus erronés, que ce soit sur le HPI (Haut Potentiel Intellectuel), le HPE (Haut Potentiel Émotionnel, concept non reconnu scientifiquement), l’hypersensibilité ou encore sur des troubles psychiatriques (comme la dépression, la schizophrénie, les troubles bipolaires et bien d’autres), on décide alors de faire évoluer nos formats de vidéos. En conservant des vidéos courtes (maximum 3 minutes), nous diversifions alors les thématiques de nos vidéos en nous attaquant aux fake news et aux neuromythes présents sur les réseaux, tout en essayant d’effectuer de la psychoéducation auprès du grand public.

Par rapport à notre processus créatif, avant même de lancer la réalisation d’une vidéo, un travail de préparation important est mené en amont. Il s’agit d’abord de lire et de sélectionner les sources les plus pertinentes, de croiser les informations, puis de reformuler des contenus scientifiques parfois complexes dans un langage clair et intelligible. Quant à la structure de nos vidéos, cette dernière est souvent similaire : une accroche pour capter l’attention, le développement du sujet, un montage dynamique, une question pour favoriser l’interaction avec notre audience, et enfin une description pour celleux qui désireraient approfondir le sujet.

Progressivement, cette démarche a façonné l’identité de notre compte, devenu un espace de vulgarisation scientifique visant à rendre la psychologie et la psychothérapie accessibles au plus grand nombre. À mesure que notre audience s’est développée, nous avons aussi saisi cette opportunité pour porter notre vision engagée de la psychologie. Cela implique de questionner la stigmatisation et la psychophobie, d’adopter une lecture intersectionnelle des enjeux de santé mentale, et de la replacer dans ses dimensions sociales et politiques. Cette ligne éditoriale reste aujourd’hui au cœur de notre démarche, nourrie également par nos expériences personnelles dans l’exercice de notre métier.

Par ailleurs, nous avons élargi notre approche à des formats plus légers, en reprenant certaines trends, qui sont des types de vidéos virales largement repris et détournés par les utilisateurs. En les adaptant à des thématiques psychologiques, nous transmettons des messages importants par le biais de l’humour, un mode de communication souvent plus attirant et moins frontal, en particulier sur des sujets sensibles. Notre propre usage des réseaux sociaux nous permet aussi de rester attentifs aux tendances émergentes, aux évolutions des algorithmes et aux sujets d’actualité, afin de proposer des contenus qui nous semblent pertinents.

Quant à notre communauté, elle est composée de psychologues, de professionnel·le·s de santé, d’étudiant·e·s en psychologie, de personnes en démarche thérapeutique ou souhaitant consulter, mais aussi de curieux et curieuses désireux d’en savoir plus sur la psychologie. Cependant comme tout créateur de contenu, nous faisons face à certaines limites. Nos vidéos touchent majoritairement des personnes déjà sensibilisées aux thématiques que nous abordons, ce qui peut restreindre la portée de certains messages. Et lorsqu’elles parviennent à atteindre un public plus large, il n’est pas toujours évident de favoriser un débat constructif. Les contraintes propres aux plateformes participent également à ces limites : la limitation du nombre de caractères, la nécessité de simplifier les propos, voire la censure de certains termes par les algorithmes, freinent souvent la profondeur des échanges et la popularisation de nos vidéos les plus « sérieuses ».  Face à ces difficultés, nous sommes régulièrement amenés à repenser notre manière de communiquer sur les réseaux, à ajuster notre approche pour susciter davantage l’attention, dans l’espoir de toucher un public plus large sans renoncer aux exigences qui fondent notre démarche.

De notre point de vue de créateur.ice.s de contenu, les défis qui nous restent à accomplir sur la question de la communication en santé mentale sont multiples. Ils se trouvent autant au niveau structurel des réseaux sociaux (algorithmes, chambre d’écho), du contenu (recherche, écriture, qualité audiovisuelle, format, accroche etc.), que de l’incarnation (diction, storytelling, identification aux créateurs etc.). C’est cette multiplicité de facteurs qui rend la création de contenu un terrain de jeu infini, mais aussi un exercice terriblement complexe et parfois cruel.