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Désinformation en santé mentale sur TikTok : pourquoi les chiffres varient de 22 % à 92 %

« Plus de la moitié des vidéos TikTok sur la santé mentale contiennent de la désinformation. » La phrase a fait le tour des médias en 2025, après une enquête du Guardian. Je l’ai relayée aussi. Elle n'est pas fausse, mais quand on approfondit, selon l'étude qu’on consulte, la part de contenus faux ou trompeurs va de 22 % à 92 %.
Mickael Worms-Ehrminger
Mickael Worms-EhrmingerPublié le 30 septembre 2026 · Mis à jour le 1 octobre 2026 · 19 min de lecture
Photo de BoliviaInteligentesur Unsplash

« Plus de la moitié des vidéos TikTok sur la santé mentale contiennent de la désinformation. » La phrase a fait le tour des médias en 2025, après une enquête du Guardian. Je l’ai relayée aussi. Elle n’est pas fausse, mais quand on approfondit, selon l’étude qu’on consulte, la part de contenus faux ou trompeurs va de 22 % à 92 %.

Ce grand écart ne veut pas dire que la science se contredit mais montre surtout que les chercheurs ne mesurent pas tous la même chose. Je vous présente ici ce que disent huit analyses de contenus et une enquête journalistique, complétées par d’autres travaux, et comment lire leurs chiffres.

Avant de compter : trois mots et une méthode

Ces études parlent de choses voisines, mais pas identiques. Trois mots reviennent sans cesse :

  • Désinformation : une information fausse diffusée pour tromper. C’est la définition retenue par Hudon et al. (2025).
  • Mésinformation : une information fausse ou partiellement fausse, diffusée sans intention de nuire. Schiros et al. (2025) emploient ce terme pour les erreurs sur le TDAH qui circulent sur TikTok, propagées sans intention délibérée.
  • Surgénéralisation : présenter un symptôme courant, typique de nombreux troubles mentaux, comme la marque d’un trouble précis (Mross et al., 2026).

La distinction compte : une personne qui décrit sincèrement son quotidien avec un TDAH ne désinforme pas, mais si elle présente ses oublis comme la preuve universelle du trouble, sa vidéo peut induire en erreur.

Comment ces études sont faites

La plupart suivent la même recette. Les chercheurs créent un compte tout beau tout neuf, qui part donc de zéro, puis ils recherchent un hashtag (#adhd, #autism, #mentalhealth…) et retiennent les premières vidéos (de 30 à 100 selon les études), celles que l’algorithme met en avant. Deux cliniciens les notent séparément, en les comparant à une référence : soit le DSM-5, soit des recommandations de bonne pratique. Les désaccords entre chercheurs sont tranchés par un troisième évaluateur ou par discussion, comme on le fait la plupart du temps.

L’accord entre évaluateurs est en général bon. Il est mesuré par le coefficient kappa, qui vaut 1 pour un accord parfait : 0,78 chez Yeung et al. (2022), 0,81 chez Mross, 0,88 chez Neumann et al. (2026). Au sein de chaque étude, les jugements sont donc cohérents : les écarts entre études tiennent surtout aux grilles utilisées.

Certaines études ajoutent des grilles de qualité standardisées. Elles donnent une idée du niveau général :

  • Chez Yeung, le score JAMA, qui vérifie l’auteur, les sources, les conflits d’intérêts et la date, atteint en moyenne 1,3 sur 4.
  • Chez Mross, le score de fiabilité mDISCERN est en moyenne de 1,3 sur 5, et le score de qualité globale GQS de 1,8 sur 5.

Le constat : un problème réel, des chiffres dans tous les sens

Toutes les études trouvent une part importante de contenus faux ou trompeurs, mais leurs estimations vont du simple au quadruple. Le TDAH, sujet le plus étudié parmi ces travaux, occupe à lui seul une large partie de cet éventail : de 51 % à 92 %.

Chiffres tirés des études citées ; pour Hudon, Cheng, Mross et Aragon-Guevara, somme de leurs catégories problématiques ; pour Karasavva, part des affirmations non jugées exactes.

Chaque barre additionne ce que l’étude classe comme problématique. Ces chiffres ne sont pas directement comparables, et c’est justement tout l’intérêt. On y vient.

Pourquoi les chiffres divergent autant

L’écart vient surtout des méthodes : chaque étude choisit ce qu’elle compte, ce qu’elle juge trompeur et ce qu’elle laisse de côté. Le tableau ci-dessous résume ces choix.

ÉtudeSujet et échantillonCe qui est comptéCe qui est classé comme problématique
Hudon et al., 202526 thèmes, anglais, français, espagnol ; fil « Pour toi » de comptes neufsVidéos (1 000)Désinformation (intention de tromper) et mésinformation (partiellement fausse)
Cheng et al., 2025TOCVidéos informatives (117)Inexactes ou surgénéralisées
Mross et al., 20266 troubles, TikTok germanophone ; 30 vidéos par hashtagVidéos (177)Incorrectes ou surgénéralisées ; les témoignages sont classés à part
Karasavva et al., 2025#ADHD, 100 vidéos les plus populairesAffirmations, pas vidéosAffirmations non conformes au DSM-5
Yeung et al., 2022#adhd, 100 vidéos les plus vuesVidéos (100)Trompeuses, y compris un témoignage qui généralise
The Guardian, 2025 (enquête)#mentalhealthtipsVidéos (100)Au moins une part de désinformation
Aragon-Guevara et al., 2025#AutismVidéos informatives (133) ; témoignages non codésFausses ou surgénéralisées
Neumann et al., 2026#adhd, anglais et allemandVidéos (98)Toute vidéo pouvant amener à croire une affirmation inexacte
Verma & Sinha, 2025#adhdtestVidéos (50)« Utile » seulement si au moins 4 des 6 items du questionnaire ASRS sont présents

Cinq différences expliquent donc l’essentiel de l’écart.

  1. Ce qu’on appelle « trompeur ». Hudon distingue la désinformation (intention de tromper) de la mésinformation (partiellement fausse). Mross ajoute une case « surgénéralisé » : des symptômes courants dans beaucoup de troubles, présentés comme propres à un seul. Neumann juge trompeuse toute vidéo qui pourrait amener le spectateur à une idée inexacte. Plus la définition est large, plus le chiffre monte…
  2. Ce qu’on compte. Karasavva découpe chaque vidéo en affirmations : 48,7 % sont jugées exactes par au moins l’un des deux psychologues. Chez Yeung ou Mross, au contraire, c’est la vidéo entière qui est notée : une seule affirmation fausse suffit à la classer trompeuse ou incorrecte.
  3. Ce qu’on met de côté. Aragon-Guevara ne code pas les témoignages personnels. Chez Mross, ils forment une catégorie à part (29,4 % des vidéos) ; chez Yeung aussi (27 %), sauf s’ils généralisent. Retirer ou garder ces vidéos change le dénominateur.
  4. La sévérité de la grille. Verma & Sinha n’acceptent une vidéo de « test TDAH » que si elle reprend au moins quatre des six questions d’un questionnaire de dépistage validé. Seules 4 vidéos sur 50 y parviennent.
  5. Ce qu’on regarde. Le sujet pèse lourd. Chez Mross, les 30 vidéos sur le narcissisme sont toutes incorrectes ou surgénéralisées, alors que 19 vidéos sur 30 sont correctes pour le trouble de stress post-traumatique. Le hashtag compte aussi : #adhdtest rassemble des quiz de dépistage, #adhd beaucoup de sketches humoristiques. Enfin, les données ont été recueillies entre 2021 et 2025, et la langue joue : chez Hudon, les vidéos en français contiennent proportionnellement plus de désinformation.

À retenir. Aucun de ces chiffres n’est « le vrai ». Chacun répond à une question un peu différente. Leur point commun est ailleurs : même l’estimation la plus basse (22 %) revient à environ une vidéo sur cinq, et pour le TDAH, les quatre études trouvent au moins la moitié de contenus problématiques.

Un même hashtag, trois résultats

Le cas du TDAH illustre bien le problème. Trois équipes ont analysé la même chose : les vidéos #adhd les plus populaires.

  • Yeung et al. (vidéos recueillies le 18 juillet 2021) : 52 % de vidéos trompeuses. Les témoignages qui ne généralisent pas forment une catégorie à part (27 %) et ne sont pas comptés comme trompeurs.
  • Karasavva et al. (janvier 2023) : environ 51 % des affirmations ne sont pas jugées exactes. Une vidéo qui mêle informations justes et fausses pèse donc en proportion, au lieu de basculer entièrement.
  • Neumann et al. (3 janvier 2024) : 89 % de vidéos trompeuses. Pas de catégorie « témoignage » : toute vidéo susceptible d’amener le spectateur à une idée inexacte est classée trompeuse.

Faut-il en conclure que le contenu s’est dégradé entre 2021 et 2024 ? Rien ne permet de l’affirmer, car les grilles ne sont pas les mêmes. Ces trois études disent surtout une chose : plus on est exigeant sur ce qu’une vidéo laisse croire, plus le chiffre grimpe.

À quoi ressemble une vidéo trompeuse

La plupart des vidéos trompeuses ne mentent pas franchement : elles simplifient, généralisent ou exagèrent. Neumann et ses collègues, cliniciens en Autriche, ont classé les 87 vidéos TDAH trompeuses de leur échantillon en quatre familles (une seule n’entrait dans aucune) :

  • L’erreur factuelle (31 vidéos) : une information simplement fausse. Exemple relevé ailleurs : présenter la « permanence de l’objet » comme un symptôme du TDAH. Cette notion décrit en réalité une étape du développement du bébé, qui comprend qu’un objet caché existe toujours (Yeung et al., 2022 ; Mross et al., 2026).
  • Le symptôme non spécifique (28 vidéos) : bouger sans cesse, parler vite, oublier des choses. Ces signes existent dans le TDAH, mais aussi dans d’autres troubles : un oubli peut par exemple traduire les difficultés de concentration d’une dépression… et surtout dans la vie quotidienne de tout un chacun. Chez Yeung, 71 % des vidéos trompeuses attribuaient au seul TDAH l’anxiété, la colère ou les sautes d’humeur, sans jamais conseiller d’évaluation.
  • L’exagération (16 vidéos) : par exemple, des « pensées qui s’emballent » mises en scène comme des voix fortes, ce qui ressemble davantage à un symptôme psychotique.
  • L’affirmation sans preuve (13 vidéos) : une astuce censée « aider le TDAH », sans aucun appui scientifique.

Le ton compte autant que le fond. Chez Neumann, 69 % des vidéos utilisaient l’humour et 66 % une mise en scène jouée. Ce format rend le trouble attachant et reconnaissable, ce qui peut aider à réduire la stigmatisation, mais il transforme aussi une gêne fonctionnelle en trait de personnalité sympathique (Ndour & Foulkes, 2025 ; Neumann et al., 2026).

D’autres troubles ont leurs clichés. Sur TikTok germanophone, Mross relève des phrases comme « Les narcissiques n’aiment pas » ou « Le TDAH n’est pas une malédiction, c’est un super-pouvoir ». Du côté des « astuces », l’enquête du Guardian cite manger une orange sous la douche contre l’anxiété, ou le safran contre la dépression.

Dernier piège : clair ne veut pas dire juste. Chez Yeung, les vidéos obtenaient en moyenne 94 % au score de compréhensibilité d’un outil d’évaluation des supports pour patients (PEMAT), mais seulement 14 % pour leur utilité concrète, c’est-à-dire la capacité à indiquer quoi faire. Une vidéo limpide peut donc transmettre une idée fausse, et le faire très efficacement.

Qui parle ? Les soignants font mieux, en moyenne

Les vidéos de professionnels de santé sont en général plus fiables, mais elles sont rares et pas infaillibles.

  • Chez Yeung, 64 % des vidéos de soignants étaient utiles, contre 16 % chez les autres créateurs. Mais seules 11 vidéos sur 100 venaient de soignants, et 3 d’entre elles restaient trompeuses.
  • Chez Cheng, 82 % des vidéos de soignants sur le TOC étaient exactes, contre 64 % chez les personnes concernées et 36 % chez les autres créateurs (Cheng et al., 2025).
  • Chez Mross, les « experts » considéraient 15 des 34 vidéos correctes, alors que 33 des 57 vidéos de non-professionnels non concernés étaient incorrectes. Une seule vidéo sur 177 venait d’une institution officielle.
  • Sur les 100 premières publications du hashtag #mentalhealth, 84 % des vidéos étaient produites par des utilisateurs lambda, et une seule par un soignant (Basch et al., 2022).

Cela dit, l’étude de Neumann nuance ce tableau : sur les 98 vidéos étudiées, seules 5 vidéos venaient de « soignants » : un psychothérapeute, un psychiatre, un optométriste et deux chiropracteurs. Quatre sur cinq étaient trompeuses ; seul le psychiatre communiquait une information exacte. Aucune vidéo de l’échantillon, soignants compris, ne citait de source scientifique. Cela dit, ajouter des sources scientifiques ne montre pas toujours son efficacité en termes de crédibilité (Heiss et al., 2024).

La leçon : « professionnel de santé » ne veut pas dire « spécialiste de la santé mentale », et sur TikTok, le titre est déclaré par le créateur lui-même. Chez Hudon, 47 % des vidéos ne précisaient pas le titre professionnel de la personne qui parle (Hudon et al., 2025).

Le vrai problème : l’erreur circule aussi bien que le vrai

Dans la plupart des études, les vidéos exactes ne sont ni plus vues ni plus appréciées que les autres. Seule exception partielle : chez Hudon, les vidéos souvent mises en favoris contenaient un peu moins de désinformation.

  • Sur #adhdtest, les rares vidéos utiles ne récoltaient que 4 % des likes, 1 % des commentaires et 7 % des favoris (Verma & Sinha, 2025).
  • Pour le TOC, le nombre de vues ne variait ni selon l’exactitude ni selon le type de créateur (Cheng et al., 2025). Même constat chez Mross : aucun lien entre vues et qualité.
  • Chez Yeung, les témoignages personnels étaient les plus populaires : 3,9 millions de vues en moyenne, contre 2,5 millions pour les vidéos trompeuses et 2,3 millions pour les vidéos utiles.

Ce n’est pas anodin, car ces vidéos modifient ce que l’on croit. Dans le second volet de l’étude de Karasavva, auprès de 843 étudiants, plus on regardait de vidéos TDAH, plus on était prêt à les recommander et plus on surestimait la fréquence du trouble. Les participants qui s’étaient auto-diagnostiqués appréciaient davantage toutes les vidéos, y compris les moins bien notées par les psychologues (Karasavva et al., 2025). Sur ce sujet, on peut lire mon autre article Sensibiliser à en devenir malade.

Une étude contrôlée va plus loin. Schiros et al. (2025) ont montré à 490 étudiants environ 12 minutes de vidéos TikTok, conçues pour l’étude : exactes, trompeuses, ou sans rapport avec le TDAH pour un groupe témoin. Après les vidéos trompeuses, les connaissances baissaient, mais la confiance en ces connaissances montait. Par rapport au groupe témoin, l’intention de consulter augmentait aussi, y compris pour des traitements sans preuve d’efficacité. Moins de savoir, plus de certitude : les auteurs y reconnaissent l’effet Dunning-Kruger, ce biais qui pousse les moins informés à surestimer leurs connaissances.

Enfin, le format lui-même n’aide pas l’esprit critique. Interrogés au Royaume-Uni, des jeunes de 16 à 25 ans décrivent TikTok comme un lieu « fun mais fake », qu’on fait défiler vite, où l’on passe d’une vidéo sur l’anxiété à une blague en deux gestes (Christiansen et al., 2026).

Pourquoi l’erreur se propage si bien

Quatre mécanismes aident à comprendre ce succès.

1. On fait davantage confiance à qui nous ressemble. Dans l’étude britannique de Christiansen et al. (2026), les jeunes utilisent deux critères distincts. Pour une information factuelle, ils cherchent la fiabilité : un titre, des preuves, des recherches citées. Pour une expérience vécue, ils cherchent la « relatability » qu’on peut traduire en français comme le sentiment que la personne vit la même chose qu’eux. Ce second critère pèse lourd. Un participant l’explique : se sentir des points communs avec un créateur donne envie de lui faire confiance. Beaucoup jugent aussi les exemples concrets de la vie quotidienne plus efficaces que les conseils d’un professionnel.

2. L’humour et la mise en scène sont les codes de la plateforme. Chez Neumann, 73 % des vidéos de non-professionnels utilisaient l’humour et 70 % une mise en scène. Chez les soignants : aucune. Une étude irlandaise faisait déjà un constat proche : les créateurs individuels (on peut lire l’éditorial d’Ael et Charly de @culturepsy) exploitent toutes les fonctions de TikTok (musique, texte à l’écran, questions au public), alors que les comptes d’associations et d’organismes publics s’en tiennent à des formats classiques, et obtiennent beaucoup moins d’engagement (McCashin & Murphy, 2023).

3. L’algorithme renvoie ce qu’on a regardé. Les jeunes interrogés par Christiansen le savent : interagir avec une vidéo sur la santé mentale fait arriver quantité de vidéos similaires (on peut lire cette enquête d’Amnesty). Se débarrasser d’un contenu indésirable demande en revanche un effort : revenir en arrière, appuyer sur « pas intéressé ». Le défilement rapide, lui, ne demande rien, et favorise selon un participant « beaucoup d’impulsivité » plutôt que la réflexion.

4. Certains conseils se vendent. Les influenceurs du bien-être présentent plus souvent des produits comme solution : compléments, accessoires, formations, avec des promesses très assurées (« ça aide tout de suite ») (Christiansen et al., 2026). Dans l’enquête du Guardian, beaucoup de vidéos problématiques vantaient des compléments alimentaires comme le safran ou le magnésium, sans preuve suffisante de leur efficacité.

Quelles conséquences ?

Les études de contenu ne mesurent pas directement l’effet sur les spectateurs, mais plusieurs travaux permettent d’esquisser les risques, sans les exagérer :

  • L’auto-diagnostic erroné. Regarder des vidéos TDAH renforce la confiance dans son auto-diagnostic, et réduit chez les personnes sans TDAH la certitude de ne pas en avoir (Karasavva et al., 2025). Mross donne un exemple de dérive possible : un adolescent qui prend son anxiété généralisée pour un TDAH risque de ne pas chercher l’aide adaptée.
  • Des services déjà saturés. Au Royaume-Uni, l’attente pour une évaluation du TDAH chez l’adulte peut atteindre cinq à dix ans (Neumann et al., 2026, citant Smith et al., 2024). Les États-Unis et le Royaume-Uni connaissent aussi des pénuries de médicaments stimulants (Schiros et al., 2025). Des demandes fondées sur des idées fausses peuvent allonger l’attente de ceux qui ont réellement besoin d’une évaluation.
  • De faux espoirs. Les traitements sans preuve coûtent du temps et de l’argent, et une personne réellement concernée, déçue par une méthode inefficace, peut conclure à tort qu’elle n’a pas de TDAH (Schiros).
  • Une image blessante de certains troubles. Quand les vidéos décrivent les « narcissiques » comme incapables d’aimer, les personnes qualifiées comme telles par un professionnel reçoivent une image profondément négative d’elles-mêmes (Mross).
  • Un cas extrême : les tics. Pendant la pandémie, des cliniciens ont décrit des adolescentes ayant développé des tics fonctionnels après avoir regardé les vidéos d’une même influenceuse. Une revue systématique italienne recense deux séries de cas de ce type (Conte et al., 2025).

Ces risques ont une contrepartie : Karasavva souligne aussi que TikTok démocratise l’information et aide à déstigmatiser le TDAH ; et quand les soins sont chers ou l’attente très longue, de nombreux internautes décrivent l’auto-diagnostic comme le seul moyen de mettre des mots sur leur détresse (Underhill & Foulkes, 2025). Enfin, la plupart de ces résultats sont des corrélations : ils ne prouvent pas que TikTok cause ces effets (Conte et al., 2025).

Six réflexes pour trier

Ces questions s’inspirent des recommandations de Hudon et al. (2025), écrites pour les créateurs professionnels, et des erreurs repérées dans les études ci-dessus.

  1. Qui parle, et peut-on le vérifier ? Un psychiatre ou un psychologue n’a pas la même formation qu’un coach ou un chiropracteur. Un titre affiché dans une bio ne prouve rien : les jeunes interrogés par Christiansen pensaient parfois pouvoir vérifier un diplôme sur des sites officiels, mais se fiaient en pratique aux commentaires et au nombre d’abonnés.
  2. Le symptôme décrit est-il vraiment spécifique ? Oublier, se disperser, être anxieux ou fatigué : ces expériences sont communes à beaucoup de troubles, et à la vie ordinaire. Une vidéo qui en fait la preuve d’un diagnostic précis simplifie à l’excès.
  3. Une source est-elle citée ? Dans l’échantillon de Neumann, aucune vidéo n’en citait. Une référence ne garantit pas l’exactitude, mais son absence doit alerter.
  4. Est-ce un témoignage, un avis ou un fait ? Un témoignage vaut pour une personne. Il peut aider à se sentir moins seul, sans valoir règle générale.
  5. Me pousse-t-on vers un professionnel, ou vers un produit ? Les influenceurs bien-être recommandent plus souvent des compléments ou des objets, avec un ton très assuré (Christiansen et al., 2026). Karasavva conseille de se méfier des personnes très sûres d’elles qui vendent quelque chose (ABC News, 2025).
  6. Suis-je plus sûr de moi que je ne devrais l’être ? L’expérience de Schiros le montre : après une vidéo trompeuse, on se sent mieux informé alors qu’on l’est moins. En cas de doute sur soi, seule une évaluation par un professionnel permet de trancher.

Et au-delà du spectateur ?

Trier revient aujourd’hui presque entièrement à l’utilisateur, alors que des chercheurs proposent plusieurs leviers collectifs.

Du côté des plateformes. TikTok affirme collaborer avec l’OMS et supprimer 98 % de la désinformation nuisible avant tout signalement (réponse de TikTok au Guardian). Les études montrent pourtant que des vidéos problématiques figurent parmi les plus populaires. Schiros et al. (2025) suggèrent des « coups de pouce » (nudges) : un message qui avertit le créateur, avant publication, qu’un contenu semble contenir des erreurs. Christiansen et al. (2026) plaident pour une vérification des titres professionnels et des labels de qualité reconnaissables.

Contre la désinformation, prévenir plutôt que guérir. Corriger une erreur après coup (debunking) fonctionne mal chez les personnes déjà convaincues d’avoir un TDAH, rapporte Schiros. D’où l’intérêt du prebunking : avertir à l’avance des idées fausses les plus répandues, avant qu’on y soit exposé.

Du côté des soignants et des institutions. Chez Mross, une seule vidéo sur 177 venait d’une institution officielle. Les auteurs invitent les établissements de santé à produire eux-mêmes des contenus, mais pour être vus, ces contenus doivent adopter les codes de la plateforme (McCashin & Murphy, 2023). Schiros observe d’ailleurs que les vidéos jugées divertissantes étaient associées à de meilleures connaissances : une information exacte et plaisante à regarder reste l’objectif. Hudon propose aux professionnels cinq règles simples : annoncer son public, citer ses sources, donner ses qualifications, distinguer avis et faits, et ne pas simplifier à l’excès (Hudon et al., 2025).

Former les créateurs. Plutôt que de les combattre, on peut travailler avec les influenceurs. Une étude de terrain citée par Schiros, qui formait des influenceurs TikTok à une communication fondée sur les preuves, a donné des résultats préliminaires encourageants.

En conclusion : une phrase plus juste

« Une vidéo sur deux est fausse » est une bonne accroche, mais une mauvaise mesure. Une phrase plus fidèle aux données serait : selon le trouble et la méthode, entre une vidéo sur cinq et neuf sur dix pose problème, et l’erreur circule au moins aussi bien que l’information exacte.

Ces contenus ont aussi une valeur réelle, car ils rendent visibles des difficultés longtemps tues, et beaucoup de spectateurs s’y reconnaissent. C’est précisément pour ça qu’ils méritent d’être regardés avec un œil critique, plutôt que rejetés en bloc.

Les limites de ces études

  • Des instantanés. Chaque étude photographie un moment, entre 2021 et 2025, alors que les vidéos, les tendances et l’algorithme changent vite.
  • Des vidéos que tout le monde ne voit pas. La plupart des chercheurs partent d’un hashtag et d’un compte neuf, alors qu’un vrai utilisateur reçoit un fil personnalisé, qui peut être meilleur ou pire (Neumann et al., 2026).
  • Le regard des cliniciens. Les notes sont données par des professionnels. Une vidéo jugée peu utile par un psychiatre peut apporter autre chose à un spectateur, comme un sentiment de reconnaissance (Yeung et al., 2022).
  • Surtout de l’anglais. Hormis Mross (allemand), Neumann (anglais et allemand) et Hudon (anglais, français, espagnol), les études portent sur des contenus anglophones. Je n’ai pas trouvé d’étude consacrée spécifiquement aux vidéos en français.

Références

  • Aragon-Guevara, D., Castle, G., Sheridan, E., & Vivanti, G. (2025). The reach and accuracy of information on autism on TikTok. Journal of Autism and Developmental Disorders, 55(6), 1953–1958. doi:10.1007/s10803-023-06084-6
  • Basch, C. H., Donelle, L., Fera, J., & Jaime, C. (2022). Deconstructing TikTok videos on mental health. JMIR Formative Research, 6(5), e38340. doi:10.2196/38340
  • Cheng, J. S.-C., Colombo, G. M., Dailey, M. M., et al. (2025). Accuracy, reach, and content quality of information about obsessive-compulsive disorder on TikTok. Bulletin of the Menninger Clinic, 89(2), 154–174. doi:10.1521/bumc.2025.89.2.154
  • Christiansen, A., Craythorne, S.-L., Crawford, P., Larkin, M., & Page, R. (2026). Mental health advice on TikTok. Journal of Pragmatics, 257, 26–38. doi:10.1016/j.pragma.2026.03.002
  • Christiansen, A., Page, R., Craythorne, S.-L., et al. (2026). Media literacies, platform imaginaries and mental health influencers. Digital Health, 12. doi:10.1177/20552076261479043
  • Conte, G., Di Iorio, G., Esposito, D., et al. (2025). Scrolling through adolescence: a systematic review of the impact of TikTok on adolescent mental health. European Child & Adolescent Psychiatry, 34, 1511–1527. doi:10.1007/s00787-024-02581-w
  • Heiss, R., Bode, L., Adisuryo, Z. M., Brito, L., Cuadra, A., Gao, P., Han, Y., Hearst, M., Huang, K., Kinyua, A., Lin, T., Ma, Y., Manion, T. O., Roh, Y., Salazar, A., Yue, S., & Zhang, P. (2024). Debunking Mental Health Misperceptions in Short-Form Social Media Videos: An Experimental Test of Scientific Credibility Cues. Health communication, 39(13), 3059–3071. https://doi.org/10.1080/10410236.2023.2301201
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  • Schiros, A., Bowman, N., & Antshel, K. (2025). Misinformation mayhem: the effects of TikTok content on ADHD knowledge, stigma, and treatment-seeking intentions. European Child & Adolescent Psychiatry, 34, 3521–3533. doi:10.1007/s00787-025-02769-8
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  • Yeung, A., Ng, E., & Abi-Jaoude, E. (2022). TikTok and attention-deficit/hyperactivity disorder: a cross-sectional study of social media content quality. Canadian Journal of Psychiatry, 67(12), 899–906. doi:10.1177/07067437221082854

Presse

  • ABC News (2025, 19 mars). TikTok is full of ADHD advice, but nearly half of it is misleading, study finds. Lien
  • Cybernews (2025, 3 juin). Every second top mental health TikTok video contains misinformation, study finds. Lien
  • Fox News (2025, 31 mai). Over half of top 100 mental health TikTok videos contain misinformation: report. Lien
  • Hall, R., & Keenan, R. (2025, 31 mai). More than half of top 100 mental health TikToks contain misinformation, study finds. The Guardian. Lien

Article en ligne : https://communication-santementale.fr/desinformation-en-sante-mentale-sur-tiktok-pourquoi-les-chiffres-varient-de-22-a-92/

© 2026 Mickael Worms-Ehrminger · Communiquer en santé mentale. Reproduction soumise à autorisation.

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